Villa el Salvador in Lima, Perú

En dépit de la croissance économique actuellement enregistrée au Pérou, les chiffres relatifs à la pauvreté et aux inégalités y restent encore très élevés. Parmi les causes sous-jacentes figurent la corruption, qui règne encore beaucoup dans le pays, et la minimité des retombées économiques de l’extraction des ressources naturelles par les multinationales pour les populations locales concernées. En outre, le Pérou est considéré comme étant violent, ou connu pour l’être, du fait de son histoire de violence politique et de ses niveaux élevés de délinquance et de violence domestique ou sexuelle. Les femmes et les enfants y constituent la fraction de population la plus vulnérable. Les femmes y sont d’ailleurs toujours en proie au machisme traditionnel.  

 

De nombreux habitants fuient l’intérieur du pays, les montagnes et les forêts primaires, pour migrer vers la capitale et y chercher refuge. Depuis les années 70, la migration originaire des autres provinces y a fortement augmenté. En 1960, on comptait 237 000 migrants de l’intérieur à Lima. En 2012, leur nombre frôlait les 10 millions. Dépourvus de moyen de subsistance et munis d’un bagage culturel très différent de celui des gens du cru, ils doivent reconstruire leurs vies. Contraints à vivre dans des taudis dépourvus d’électricité, d’eau courante et d’égouts, ces migrants se retrouvent dans des situations socio-économiques très difficiles. Ils sont souvent sans emploi, car ils ont eu un parcours scolaire limité. De telles circonstances favorisent, entre autres, la consommation d’alcool ou de drogue, la violence, la violence familiale, la maltraitance et la négligence. À Lima, la fracture entre les pauvres et les riches est considérable, d’où une quasi-absence de solidarité entre les différentes couches de la population.  

 

Villa El Salvador (VES) fait partie des districts liméniens apparus dans ce contexte. Au cours des années 70, près de 200 familles de migrants ont envahi cette région, ce qui s’est accompagné d’une forte conflictualité. De nos jours, VES abrite 454 115 habitants. Le parc industriel de VES se démarque dans l’économie locale. Malgré cela, 17% seulement de la population active travaille au sein du district. Dans la classification économique, 30,7% de la population de VES correspond au niveau C, 48,7% au niveau D et 20,6% au niveau E. Le niveau D équivaut à un revenu mensuel de l’ordre de 1517 soles (450 €), tandis que le revenu minimum est fixé à 1814 soles (IPSOS APOYO, 2012). L’incidence de pauvreté atteint 21,9% à VES. Selon les autorités, les raisons en sont : le chômage, l’économie informelle, l’inaccessibilité des services de base, la faiblesse des niveaux de formation et la composante migratoire. Tout cela constitue un terreau propice à l’exclusion socio-économique qui, à son tour, entraîne l’augmentation de la délinquance. VES est l’un des districts où les dénonciations de violence physique ou sexuelle sont les plus nombreuses.